Charles Couillard

Outils · 04

Lire les poinçons d'épreuve

Les poinçons sont l'état civil d'une arme ancienne : où elle a été éprouvée, avec quelle poudre, sous quel régime. Ce répertoire couvre les deux bancs que l'on rencontre le plus sur les fusils de chasse en France : Saint-Étienne et Liège. Chaque fiche affiche sa période, sa signification, ses sources, et surtout son niveau de confiance : ce qui est croisé est dit croisé, ce qui est hypothèse est dit hypothèse.

Les poinçons d'épreuve se lisent sous les canons (les plats, sous les chambres) et sur la table de bascule. À Saint-Étienne, PT sous une couronne signale l'épreuve ordinaire à la poudre sans fumée (depuis 1900) ; à Liège, une petite lettre frappée près des poinçons donne l'année d'épreuve depuis 1922.

Examen à la loupe du dessous des canons d'un fusil juxtaposé posé sur une serviette, lampe et carnet à côté
Photo d'illustration

Avant de commencer

Arme déchargée, démontée (longuesse puis canons). Ne polissez jamais les marquages : vous détruiriez ce que vous cherchez à lire. Les dessins de cette page sont des représentations schématiques redessinées d'après les documents officiels, pas des fac-similés : les frappes réelles varient selon les époques et l'usure.

Planche de style ancien montrant où chercher les poinçons : plats des canons et table de bascule d'un fusil ouvert
Illustration : où chercher

01 · Saint-Étienne

Le banc français, sans code de date

Une vérité que cette page assume, à rebours de bien des réponses trop sûres : la France, presque seule en Europe, n'a jamais utilisé de code de date sur ses armes civiles. Un poinçon stéphanois donne un régime d'épreuve, donc une fourchette, jamais une année. C'est la combinaison des indices (poudres, marquages dimensionnels, modèle, catalogue) qui resserre la datation.

S couronné

1897 à au moins 1962

Fusils finis : épreuve supérieure à la poudre noire. Contrairement à ce qu'on lit parfois, ce poinçon ne désigne pas les canons lisses.

Sources croiséesAffiche officielle 1929NRA Museum, Proof Marks

PS couronné

1896-97 aux années 1910-1920 (fin discutée : 1914, 1923 ou 1926 selon les sources)

Fusils finis : épreuve à la poudre sans fumée de type S ou J, première génération. Sa présence date l'arme d'avant le milieu des années 1920.

Début bien établi, fin d'usage contestée entre les sources.

Sources croiséesUFA, Les poinçons d'épreuveTIR Collection (arrêtés 1896-1898)DoubleGun BBS

PM couronné

1898 (arrêté du 14 mai 1898) aux années 1910-1920

Fusils finis : épreuve à la poudre M, sans fumée. Comme le PS, il signe une arme d'avant le milieu des années 1920.

Sources croiséesUFA, Les poinçons d'épreuveTIR Collection

Tour crénelée

1897 à 2011, avec changement de rôle

D'abord épreuve provisoire des ébauches de canons (état 1929), puis épreuve des armes courtes dans le système tardif (état CIP 2001). La date de bascule reste à établir.

Sources croiséesAffiche officielle 1929CIP, Anciens poinçons : France (2001)

R seul (rebut)

XXe siècle, jusqu'à 2011

L'arme a échoué à l'épreuve : rebut. À ne pas confondre avec les R couronnés de réépreuve.

Sources croiséesCIP, Anciens poinçons : France (2001)


02 · Liège

Le banc belge, méthodique jusqu'à l'année

ELG dans un ovale

1811 à 1846 ; réservé ensuite aux armes à chargement par la bouche

L'épreuve définitive liégeoise à la poudre noire, dans sa forme primitive sans étoile ni couronne.

La borne 1846 (ajout de l'étoile) repose surtout sur littlegun.be.

Sources croiséesDamascus-Barrels, Belgian proofmarksLittlegun.be

ELG sur étoile, dans un ovale

1846 à 1893

Acceptation définitive à la poudre noire. Un fusil belge portant cet ovale NON couronné a été éprouvé avant juillet 1893.

Sources croiséesLittlegun.beDamascus-Barrels

ELG sur étoile, ovale couronné

depuis le 11 juillet 1893 (sous cette forme jusqu'en 1968)

Acceptation et épreuve définitive. La couronne au-dessus de l'ovale est LE marqueur « après 1893 » des fusils belges.

Sources croiséesLittlegun.beDamascus-Barrels

Le Perron

1853 à nos jours (déjà seul poinçon de 1672 à 1810)

Le monument emblème de Liège, frappé depuis 1853 pour l'inspection du système de fermeture. Sa présence date l'arme d'après 1853.

Sources croiséesDamascus-BarrelsLittlegun.be

Lion sur PV

1898 à 1968 sous cette forme

Épreuve à la poudre sans fumée (« poudre vive »). Un fusil belge sans ce lion et sans épreuve nitro est très probablement du XIXe siècle.

Sources croiséesLittlegun.beNRA Museum, Proof MarksDamascus-Barrels

R couronné (Liège)

1894 à 1968

Canon rayé. Attention à l'homonyme : un R NON couronné (1846-1889) marquait au contraire un canon refusé à l'épreuve.

Sources croiséesLittlegun.beDamascus-Barrels

EL en lettres anglaises

1852 à nos jours (canons lisses seulement depuis 1924)

Épreuve provisoire du canon, avant montage de la culasse.

Sources croiséesDamascus-BarrelsLittlegun.be

Lettre sous étoile (contrôleur)

1877 à nos jours sous cette forme (suspension 1968-1973)

Contremarque personnelle du contrôleur du banc. La lettre I n'a jamais été attribuée. Les registres nominatifs publiés divergent : nous ne publions pas les noms.

Sources croiséesHallowell & Co., Liège controllersDamascus-Barrels

Calibre dans un losange

1898 au 30 juin 1924

Le calibre nominal (ex. 12 C) frappé dans un losange. Marqueur de datation précieux : sa présence place l'épreuve avant la mi-1924.

Sources croiséesLittlegun.beDamascus-Barrels

Notation « 12-70 »

depuis 1924

Calibre et longueur de chambre en millimètres, dans un cartouche. Remplace le losange : sa présence place l'épreuve après 1924.

Sources croiséesDamascus-BarrelsLittlegun.be

La lettre annale

1922 à 1999 (tables publiées ; après 1999, non documenté en ligne)

Une petite lettre frappée près des poinçons donne l'ANNÉE D'ÉPREUVE (pas forcément de fabrication). Quatre cycles : minuscules 1922-1947, lettres grecques 1948-1961, minuscules à nouveau 1962-1987, majuscules en ordre non alphabétique 1988-1999. Utilisez le dateur ci-dessous.

Sources croiséesPlanche du Banc d'Épreuves belge (PDF)shotguns.se (table concordante)Damascus-Barrels


03 · Le dateur liégeois

Une lettre, une année

Depuis 1922, le Banc d'Épreuves de Liège frappe une lettre annale près de ses poinçons. Saisissez-la : l'outil donne l'année d'épreuve. Les minuscules ont servi deux fois (1922-1947 puis 1962-1987) : en cas d'ambiguïté, l'outil vous demande un indice et, à défaut, donne les deux candidates. L'année obtenue est celle de l'ÉPREUVE, pas nécessairement de la fabrication.

Page de carnet à l'encre : fusil juxtaposé, loupe grossissant une zone laissée en points d'interrogation
Illustration

Rappel des cycles : minuscules 1922-1947 (a=1922), lettres grecques 1948-1961, minuscules 1962-1987 (a=1962), majuscules 1988-1999 en ordre non alphabétique (P=1988 ... W=1999). Après 1999 : table non publiée en ligne. Sources en bas de page.


04 · Recouper

Les indices qui resserrent une datation

Ce que vous voyezCe que ça implique
Calibre dans un losange (Liège)épreuve entre 1898 et la mi-1924
Notation 12-70 ou 16-65 (Liège)épreuve après 1924
Ovale ELG sans couronneavant juillet 1893
Lion sur PV présentaprès 1898
ELG couronné sans lettre annalefenêtre 1893-1922
PS ou PM couronné (Saint-Étienne)avant le milieu des années 1920
PT couronné seul (Saint-Étienne)après 1900

Pour aller plus loin : la terminologie bilingue de ces pièces (plats de canon, table de bascule), et la façon dont l'épreuve moderne s'est passée pour le Winchester M1885 de mon diplôme, éprouvé au Banc National d'Épreuves de Saint-Étienne à 2 750 bar.


Sources et méthode

Compilation établie en juillet 2026 par croisement de documents officiels et de références spécialisées ; chaque fiche porte ses sources propres et son niveau de confiance. Périmètre actuel : Saint-Étienne (fin XIXe au système CIP) et Liège. Châtellerault et les poinçons stéphanois de 1782-1856 (hypothèses de datation de J.L. Gillier) viendront dans une édition ultérieure. Une erreur, un poinçon manquant ? Écrivez-moi.

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