Charles Couillard

Création sur mesure · Projet de diplôme BMA · Septembre 2025 à mai 2026

Winchester M1885 « Freddie Mercury »

Neuf mois pour transformer une base Uberti en pièce unique : bois, organes de visée, garnitures, innovation mécanique et finitions, de ma planche à dessin au Banc National d'Épreuves

Mon projet de diplôme du Brevet des Métiers d'Art Armurerie : une carabine à bloc tombant en .45-70 Government, en hommage à Freddie Mercury. Sur une base mécanique Uberti modèle 1885 (canon et boîtier), j'ai tout conçu et réalisé : modélisation SolidWorks, crosse col de cygne en noyer, devant bois en hêtre, organes de visée type Martini-Henry, capucine, embouchoir, grenadière, levier de sous-garde, un système de stockage de cartouches dans la crosse, et l'intégralité des finitions. Verdict officiel du Banc National d'Épreuves : arme conforme.

740 mm
de canon octogonal
1 174 mm
de longueur totale
.45-70
Government, le calibre
2 750 bar
d'épreuve au BNE de Saint-Étienne
1 510
de budget total, tenu
9 mois
d'atelier, de septembre 2025 à mai 2026

01Le concept : une arme, une légende

Pour mon projet de fin d'études, je voulais une pièce ornementale qui raconte quelque chose. J'ai choisi Freddie Mercury, et j'ai construit tout le vocabulaire visuel de la carabine à partir de ses costumes de scène : le damier de Houston 1977 devient le motif du devant bois, le justaucorps blanc devient la laque de la crosse, la veste jaune de Wembley 1986 devient le cuir serti dans le bois. La devise du projet, « I Won't Be a Rockstar, I Will Be a Legend », a guidé neuf mois de travail.

02La conception : SolidWorks avant l'acier

Chaque pièce a d'abord existé en trois dimensions dans SolidWorks : l'assemblage complet, le levier de sous-garde, la hausse, le guidon et sa mise en plan, le devant bois, et les cinq pièces du mécanisme d'innovation. Modéliser d'abord, c'est se tromper sur l'écran plutôt que dans la matière : les cotes, les jeux et la cinématique étaient validés avant le premier copeau.

03La base Uberti, et tout le reste

Je le dis clairement, parce que c'est comme ça qu'on gagne la confiance : le canon, le boîtier avec sa mécanique de bloc tombant et la plaque de couche proviennent d'Uberti (720 € du budget). Tout le reste est sorti de mes mains : les bois, les organes de visée, la capucine, l'embouchoir, la grenadière, le levier de sous-garde, le mécanisme de stockage, et chaque finition. Le canon lui-même a été retravaillé : tournage, filetages de portée et de bouche, hausse ajustée et soudée.

04Le canon : octogonal, .45-70, 740 mm

Mise en mandrin avec comparateur pour garantir la concentricité, tournage extérieur, filetage de la portée côté boîtier et filetage de bouche. La finition est un polissage progressif, et les marquages réglementaires figurent sur le plat inférieur.

05Le boîtier : relime et poli

Le boîtier reçoit le mécanisme à bloc tombant. Je l'ai relimé légèrement pour lui donner une ligne plus sportive, puis poli. Les gravures artistiques prévues au projet (portrait, piano, devise) sont restées à l'état de dessins préparatoires : l'arme ne porte aucune gravure, et je préfère l'écrire ici que de le laisser croire.

06Le levier de sous-garde

Redessiné puis fabriqué : montage en fraiseuse, soudures rattrapées au rifloir, arasage pour épouser la ligne du boîtier, arêtes arrondies. La sous-garde porte des teintes obtenues par revenu thermique, une oxydation contrôlée par la chaleur, clin d'œil aux couleurs de scène.

07Les bois : noyer, hêtre, sanguine

La crosse col de cygne est façonnée dans un bloc de noyer massif : mise à bois du boîtier à la sanguine (on enduit le métal, on cherche les points de contact, on retouche, encore et encore), épannelage à la plane, mise en forme de la pente, de la joue et du busc, plaque de couche raccourcie et ajustée. Le devant bois en hêtre est usiné en rainure centrale à la fraiseuse puis sculpté à la râpe et à la plane. La capucine, la grenadière et l'embouchoir en acier sont fabriqués et ajustés aux pans du canon octogonal, jusqu'aux vis, faites au tour.

08Les organes de visée, type Martini-Henry

J'ai remplacé les organes d'origine par une hausse à feuille et un guidon inspirés du Martini-Henry, pour une silhouette plus militaire. Conception SolidWorks, usinage en fraiseuse (pans à 45°, rainures, queue d'aronde), fabrication du ressort, de la planchette et du curseur, puis ajustage sur le canon.

09L'innovation : des cartouches dans la crosse

Une carabine à un coup oblige à recharger sans cesse. J'ai conçu un système de stockage de cartouches logé dans la crosse : cinq pièces usinées (levier, axe de levier, balancier, axe de balancier, base support). On insère les cartouches une à une en appuyant sur le levier ; à la demande, le balancier libère la cartouche du haut tout en bloquant la suivante, et un ressort ramène l'ensemble en position. Le point décisif : ce système d'alimentation est totalement indépendant de la mécanique de tir. La cinématique n'est pas modifiée, le classement en catégorie C1-c est conservé.

10Les finitions : blanc, jaune, damier

La crosse est laquée blanche et sertie d'une surépaisseur de cuir jaune, cousue et ajustée. Le devant bois reçoit son damier noir et blanc par hydrographie, un transfert dans l'eau confié à un sous-traitant spécialisé (300 € du budget) : savoir déléguer le bon geste au bon endroit fait aussi partie du métier. Embouchoir et garnitures sont polis miroir.

11L'épreuve du feu : 18 mai 2026

Une arme n'existe légalement qu'après l'épreuve. Le 18 mai 2026, la carabine est passée au Banc National d'Épreuves de Saint-Étienne : tir d'épreuve à 2 750 bar selon la norme CIP, contrôle, poinçon. Verdict : arme conforme.

Certificat
n° 3572411
Épreuve
2 750 bar (norme CIP)
Verdict
Arme conforme
Catégorie
C1-c
Date
18 mai 2026

12Le budget : 1 510 €, tenus

Boîtier et canon (Uberti M1885)
720 €
Outillage et maroquinerie
330 €
Hydrographie (sous-traitance)
300 €
Bois (crosse et devant bois)
100 €
Cuir jaune
30 €
Banc d'épreuve
30 €
Total
1 510 €

13Le bilan

Neuf mois d'atelier, de septembre 2025 à mai 2026 : le métal de septembre à janvier, le bois de mars à avril, les finitions et l'assemblage d'avril à mai, l'épreuve le 18 mai. Cette carabine m'a demandé tous les gestes du métier : usinage, ajustage, bois, mécanique, finitions, et la discipline de tenir un planning et un budget. Merci à Pierre Le Bihan et Christophe Berruet (Armurerie John Dillinger, Beaulieu-lès-Loches), à l'Armurerie Jacques Denys (Saint-Hilaire-du-Harcouët), et à mes professeurs du lycée Benoît Fourneyron.

The show must go on.

Freddie Mercury

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