Identifier une arme
Fusil belge : lire les poinçons de Liège, dater l'arme, et ce que « ELG » veut dire
Les plats des canons d'un fusil de Liège se lisent dans un ordre, et chaque poinçon ferme une fourchette de dates. Ce que le Banc d'épreuves a frappé, ce qu'il n'a jamais frappé, et ce que les poinçons ne disent pas.
Sur les forums, beaucoup des fusils hérités que l'on me montre ont été éprouvés à Liège. Les mêmes questions reviennent : « ELG », est-ce une marque ? De quand est-il ? Qui l'a fabriqué ? Les réponses sont frappées sous les canons, à condition de lire les poinçons dans l'ordre et de connaître leurs dates. Je les donne ici, avec mon répertoire et son dateur, et je dis où la lecture s'arrête.
01« ELG » n'est pas une marque, c'est une épreuve
C'est la première chose que je corrige sur les forums. On cherche « fusil ELG calibre 16 » ou « manufacture liégeoise d'armes à feu » comme on chercherait un fabricant. Les lettres ELG dans un ovale sont le poinçon de l'épreuve définitive du Banc d'épreuves de Liège, l'organisme officiel qui a testé le canon en y tirant une charge supérieure à la normale, puis l'a marqué. Des dizaines de fabricants et d'ateliers liégeois, grands et minuscules, ont fait éprouver leurs armes au même banc : l'ovale dit où l'arme a été éprouvée, jamais qui l'a faite.
Le nom du fabricant, quand il y en a un, est ailleurs : sur la bande des canons, sur les platines, parfois sur la bascule. Beaucoup de fusils de Liège n'en portent aucun, et ce n'est ni une anomalie ni un signe de contrefaçon : c'est une arme faite pour le commerce, vendue sous le nom du revendeur ou sans nom. Dans ce cas, les poinçons sont tout ce que l'arme dira d'elle-même, et ils disent beaucoup.
Le Banc existe toujours, à Liège, régi aujourd'hui par une loi belge du 8 juillet 2018. Il éprouve, et il enregistre au Registre central des armes belge les armes importées ou fabriquées en Belgique.
02Lire les plats dans l'ordre
Sur un fusil de Liège, les poinçons se lisent comme une phrase, et chacun ferme une fourchette de dates. Les dates ci-dessous sont celles de mon répertoire, établi en croisant les planches du Banc et les auteurs de référence ; là où les sources divergent, le répertoire le dit.
EL en lettres anglaises. L'épreuve provisoire du canon, avant montage de la culasse, frappée depuis 1852 ; depuis 1924, elle ne concerne plus que les canons lisses. Sa présence est normale ; son absence sur un canon ancien mérite une question.
Le Perron. Le petit monument sur son socle, emblème de Liège, frappé depuis 1853 pour l'inspection du système de fermeture. C'était déjà le seul poinçon du banc de 1672 à 1810. Un Perron sur la bascule ou les canons place l'arme après 1853.
L'ovale ELG. Sans étoile ni couronne, c'est la forme primitive, de 1811 à 1846, réservée ensuite aux armes à chargement par la bouche. Avec une étoile sous les lettres et sans couronne, l'arme a été éprouvée entre 1846 et juillet 1893. Avec l'étoile et une couronne au-dessus de l'ovale, elle l'a été après le 11 juillet 1893 ; c'est le marqueur « après 1893 » des fusils belges, sous cette forme jusqu'en 1968.
Le lion sur PV. L'épreuve à la poudre sans fumée, la « poudre vive », frappée de 1898 à 1968 sous cette forme. Un fusil belge sans ce lion n'a pas été éprouvé pour la poudre sans fumée : il est très probablement du XIXe siècle, et il a été conçu pour la poudre noire.
R couronné. Canon rayé, de 1894 à 1968. Attention à l'homonyme : un R non couronné, de 1846 à 1889, marquait au contraire un canon refusé à l'épreuve.
Une lettre sous une étoile. La contremarque personnelle du contrôleur du banc, depuis 1877, avec une suspension de 1968 à 1973. La lettre I n'a jamais été attribuée. Les listes de noms publiées se contredisent, je ne les reproduis pas.
Le calibre. Dans un losange, « 12 C » ou « 16 C », de 1898 au 30 juin 1924 : c'est un marqueur précieux, l'épreuve est d'avant la mi-1924. Dans un cartouche avec la longueur de chambre, « 12-70 », « 16-65 », depuis 1924 : l'épreuve est d'après 1924, et la chambre d'origine est écrite.
La lettre annale. Depuis 1922, une petite lettre frappée près des poinçons donne l'année de l'épreuve. Quatre cycles se suivent : des minuscules de 1922 à 1947, des lettres grecques de 1948 à 1961, des minuscules à nouveau de 1962 à 1987, des majuscules dans un ordre qui n'est pas alphabétique de 1988 à 1999. La même lettre revient donc à plusieurs dates, et c'est le reste des poinçons qui tranche. Le dateur de mon répertoire fait la conversion, lettre par lettre.
03Dater en trois questions
Devant un fusil de Liège, je me pose trois questions dans cet ordre, avant même de chercher la lettre annale.
L'ovale est-il couronné ? Non : l'épreuve est d'avant juillet 1893. Oui : d'après.
Y a-t-il un lion sur PV ? Non : pas d'épreuve à la poudre sans fumée, donc très probablement un fusil du XIXe siècle et une arme à poudre noire. Oui : l'épreuve est de 1898 ou après.
Le calibre est-il dans un losange ou dans un cartouche « 12-70 » ? Losange : entre 1898 et la mi-1924. Cartouche : après 1924.
Ces trois réponses donnent déjà une fourchette de vingt ou trente ans. La lettre annale, si l'arme est d'après 1922, la réduit à une année : celle de l'épreuve, qui n'est pas forcément celle de la fabrication ni celle de la vente, un canon pouvant attendre en stock. Et un fusil réparé ou rééprouvé peut porter deux séries de poinçons, de deux époques : on lit alors la plus récente comme une date de passage au banc, pas comme une date de naissance.
La page du répertoire donne aussi les indices qui recoupent : le type de fermeture, les chiens extérieurs ou non, la forme des poinçons eux-mêmes, dont le dessin a changé avec les outils du banc.
04Ce que les poinçons ne disent pas
Ils ne disent pas l'état. Un fusil éprouvé en 1926 peut avoir passé quarante ans dans une grange : l'épreuve valait le jour où elle a été frappée. L'épaisseur des canons, les piqûres de l'âme, la fermeture sur la face, se mesurent à l'établi et nulle part ailleurs.
Ils ne disent pas la chambre d'aujourd'hui. Le cartouche « 12-65 » donne la chambre d'origine ; une chambre a pu être rallongée depuis, sans nouvelle marque. C'est pourquoi je mesure la chambre à la jauge avant de parler de cartouches, quoi que dise le marquage.
Ils ne disent pas la poudre que le canon supporte aujourd'hui. Un ovale sans lion PV est une épreuve à la poudre noire : ce n'est pas une interdiction de tirer, c'est une indication de ce pour quoi l'arme a été conçue, et la question se règle à l'établi, canon par canon, ou par une réépreuve au banc.
Et ils ne disent pas la valeur. Je n'estime pas, ni ici ni par message : ce site n'est pas une boutique. Ce que je peux faire, c'est vous aider à lire ce que vous tenez, pour que la conversation avec un armurier ou un commissaire-priseur parte des faits.
La chambre se lit et se mesure comme dans l'article 12-65 ou 12-70 ; les canons damas, fréquents sur les fusils de Liège, ont leur article ; et ce que je vérifie sur un fusil avant de l'acheter est dans celui sur le fusil d'occasion.
05Un fusil de Liège aujourd'hui, en France et en Belgique
Deux mots de droit, en information générale, parce que la question suit toujours la lecture des poinçons.
En France, la loi classe une arme par son fonctionnement et par la date de son modèle, pas par la date de son épreuve. Un fusil de chasse à un coup par canon est en catégorie C, et l'acquérir demande un titre, permis de chasser validé, licence de tir ou carte de collectionneur ; seule une arme dont le modèle est antérieur au 1er janvier 1900, et qui n'est pas inscrite sur la liste des armes de dangerosité avérée, relève de la catégorie D, libre à l'achat pour un majeur. Une date d'épreuve de 1895 ne suffit donc pas à dire « catégorie D » : c'est le modèle qui compte, et c'est à l'armurier de le lire. Une arme héritée ou trouvée se déclare depuis le compte SIA, le portail du ministère de l'Intérieur. Le détail, catégorie par catégorie, est dans l'article suivant.
En Belgique, le Banc d'épreuves de Liège n'enregistre au Registre central des armes que les armes importées ou fabriquées en Belgique ; pour les autres, ce sont les services des armes des provinces et les zones de police. Le Banc demande au détenteur d'identifier lui-même le numéro de série, le calibre et le poinçon d'épreuve de chaque pièce éprouvée, avant tout rendez-vous : c'est exactement la lecture décrite ici. Et il rappelle que le rendez-vous n'emporte ni la catégorisation de l'arme ni la légalité de sa détention, qui relèvent d'autres autorités.
Dans les deux pays, ces règles changent : celles de France l'ont fait le 7 septembre 2025, celles de Belgique le 1er septembre 2026. Les liens en bas de page mènent aux textes officiels, et un armurier ou la préfecture vous diront ce qui s'applique à votre cas, que je ne connais pas.
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Questions fréquentes
- Que signifie le poinçon ELG sur mon fusil ?
- Que le canon a passé l'épreuve définitive du Banc d'épreuves de Liège. Ce n'est pas le nom d'un fabricant. Couronné, l'ovale date l'épreuve d'après juillet 1893 ; sans couronne, d'avant.
- Comment dater un vieux fusil belge ?
- Par la couronne sur l'ovale, le lion sur PV, le losange ou le cartouche du calibre, puis, si l'arme est d'après 1922, par la lettre annale, que le dateur de mon répertoire convertit en année d'épreuve.
- Mon fusil belge est marqué 16 dans un losange. Quelle chambre ?
- Le losange donne le calibre sans la longueur de chambre, et il place l'épreuve entre 1898 et la mi-1924. La chambre se mesure à la jauge avant d'acheter des cartouches : les anciens calibres 16 sont très souvent chambrés en 65, et une chambre a pu être rallongée sans nouvelle marque.
- Quelle est la valeur d'un vieux fusil de Liège ?
- Je ne le dis pas, ni ici ni par message : ce site n'estime rien. La valeur se donne l'arme en main, par un armurier professionnel ou un commissaire-priseur spécialisé. Cet article sert à ce que vous sachiez ce que vous tenez avant de les rencontrer.
- Un poinçon PT sous une couronne, est-ce belge ?
- Non, c'est Saint-Étienne : l'épreuve ordinaire à la poudre sans fumée, à partir de 1900. Les poinçons français sont dans l'autre moitié de mon répertoire.
Sources
- Répertoire des poinçons d'épreuve de ce site, Liège et Saint-Étienne, avec ses sources croisées et le dateur liégeois
- Planche des poinçons du Banc d'épreuves de Liège, avec la table des lettres annales (PDF)
- Damascus-Barrels, Belgian proofmarks, chronologie des poinçons liégeois
- Littlegun.be, les poinçons du banc de Liège
- Banc d'épreuves des armes à feu de Liège, site officiel, loi du 8 juillet 2018
- Banc d'épreuves de Liège, traçabilité et enregistrement au Registre central des armes
- Code de la sécurité intérieure, classement des armes, article R311-2, version en vigueur depuis le 7 septembre 2025
- Service-public.gouv.fr, comment faire si l'on trouve ou si l'on hérite d'une arme, fiche vérifiée le 6 janvier 2025
- Banc d'épreuves de Liège, « Qui sommes-nous » : ordonnance du prince-évêque de 1672, décret de 1810, loi de 1888, création de la CIP en 1914